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Only what is dead is transparent

Documentation, Journal de création

Only what is dead is transparent

Quatre lasers en mouvement deviennent visibles au contact de l’eau, formant un réseau d’illuminations déclenchées par leurs propres collisions.


Journal de création


  1. Le concept


Au début, on savait surtout ce qu’on ne voulait pas. On ne voulait pas d’une œuvre qui réagit au public, ni d’un dispositif interactif au sens classique. La contrainte était claire pour nous : l’installation devait être entièrement autonome, fonctionner seule, avec ses propres règles, sans avoir besoin d’un regard ou d’une action humaine pour exister. Une fois cette décision prise, on a compris que le projet allait forcément parler de systèmes, de comportements et de temporalité.


Assez vite, on s’est mis à réfléchir en termes d’entités plutôt qu’en termes d’objets. On cherchait une forme de présence minimale, quelque chose qui puisse exister, agir et disparaître sans intention. C’est dans ces discussions que l’idée d’un fonctionnement inspiré du Game of Life est apparue. Pas comme un modèle à reproduire, mais comme une manière de penser le projet : quelques règles simples, appliquées localement, qui produisent des situations imprévisibles. La notion de contamination s’est imposée naturellement. Une entité ne vit jamais seule ; elle survit parce qu’elle en rencontre d’autres.


Progressivement, ces entités sont devenues des lasers. Le choix ne s’est pas fait immédiatement pour des raisons esthétiques, mais plutôt pour ce qu’ils permettent physiquement. Le laser nous intéressait parce qu’il est presque invisible tant qu’il ne rencontre rien. Il existe, mais ne se révèle qu’au contact d’une surface ou d’une matière. L’eau est alors apparue comme un médium évident : elle rend la lumière visible sans la figer, elle la diffuse, la déforme, la fragmente.


C’est à partir de là que les premières images de référence ont commencé à s’imposer. Certaines venaient du champ artistique, comme les installations lumineuses d’Olafur Eliasson, où la lumière devient une matière en soi, presque architecturale. D’autres venaient de dispositifs scientifiques, de démonstrations optiques ou de visualisation des faisceaux laser dans l’eau ou le verre. Ces références ne servaient pas à définir une esthétique finale, mais plutôt à confirmer une intuition : on voulait que la lumière soit perçue comme un phénomène, pas comme un effet.


En travaillant sur les comportements des lasers, leur capacité à s’activer entre eux, à se transmettre une forme de vie, ou à s’éteindre, une autre couche de sens est apparue. Sans l’avoir formulé au départ, on construisait un système où exister signifiait être détecté, vu, capté par un autre. Cette logique a fait écho, presque naturellement, aux lectures de Byung-Chul Han et de Michel Foucault. Les idées de transparence, de surveillance et de contrôle ne sont pas venues comme un thème à illustrer, mais comme un vocabulaire pour décrire ce qu’on observait déjà dans le dispositif.


Peu à peu, la lumière est devenue plus qu’un simple matériau. Elle s’est transformée en contrainte, en condition d’existence. Les lasers doivent entrer en relation pour survivre, mais cette relation les expose en permanence. Il y a quelque chose de fragile et de violent à la fois dans ce système : la connexion est nécessaire, mais elle peut aussi mener à l’extinction.


1 m3 light • Artwork • Studio Olafur Eliasson. (s. d.). Récupéré le 1 janvier 2026 de https://olafureliasson.net/artwork/1-m3-light-1999/

Arbor Scientific. (2009, 23 février). Explore Light Beams With the Laser Viewing Tank | Arbor Scientific. https://www.youtube.com/watch?v=mtVbb_MWNDg

Foucault, M. (2014). Surveiller et punir. Naissance de la prison. Gallimard. https://shs.cairn.info/surveiller-et-punir-naissance-de-la-prison--9782070729685

JamJarMMX. (2012, 22 avril). GCSE Science Revision - Refraction. https://www.youtube.com/watch?v=7aU8sX8cFNs

The Transparency Society | Stanford University Press. (2015). https://www.sup.org/books/theory-and-philosophy/transparency-society


  1. Test de la matière

Avant de penser à la forme finale de l’installation, on a dû comprendre comment rendre la lumière visible dans l’eau. On a donc testé plusieurs produits à mélanger à l’eau, en cherchant un équilibre entre efficacité visuelle, contraintes pratiques et cohérence avec le projet.




Eau + Pine-Sol
  • Rend le faisceau laser très lisible dans l’eau, même avec une faible concentration.

  • L’eau reste relativement transparente, ce qui permet de bien distinguer la trajectoire du laser sans trop de diffusion.

  • Odeur très forte et persistante, difficile à ignorer dans un espace d’exposition.

  • Produit clairement chimique, ce qui créait un certain malaise par rapport à l’atmosphère que l’on cherchait à installer.

Eau + Lait
  • Le faisceau devient visible, mais de manière moins nette et plus diffuse.

  • L’eau devient rapidement floue, presque opaque, ce qui enlève de la précision au dessin lumineux.

  • Le mélange évolue dans le temps : le lait se dégrade, ce qui oblige à changer l’eau fréquemment.

  • Introduit une dimension organique intéressante, mais difficile à contrôler et peu stable.

  • Résultat jugé trop instable pour une installation autonome.

Eau + Sel
  • Rend le laser clairement visible dans l’eau, sans la rendre opaque.

  • Diffusion plus subtile, qui laisse apparaître le faisceau tout en conservant une certaine transparence.

  • Aucun problème d’odeur, ce qui est essentiel pour un espace fermé.

  • Produit naturel, simple, peu coûteux et facile à doser.

  • Stable dans le temps, ne nécessite pas de remplacement fréquent de l’eau.

  • S’est imposé comme le choix final, autant pour des raisons esthétiques que pratiques.

  1. Prototype électronique sur breadboard

Une fois les principes du projet bien établis, on est passés à la mise en place du prototype électronique sur breadboard. Cette étape avait un objectif simple : vérifier que le schéma fonctionnait tel qu’on l’avait pensé, avant de passer à une version plus permanente sur PCB.

On a repris le schéma de branchement et on l’a directement transposé sur breadboard.


Chaque composant — l’ESP32, les servomoteurs, la photocellule, le MOSFET et le laser — a été connecté selon le plan prévu. À ce stade, il ne s’agissait pas d’expérimenter de nouvelles solutions, mais plutôt de confirmer une architecture déjà réfléchie.


Le montage a fonctionné dès les premiers tests. L’ESP32 contrôlait correctement les servos, le laser s’allumait et s’éteignait comme prévu, et la photocellule réagissait de manière fiable à la présence d’un faisceau lumineux. Le comportement global correspondait exactement à ce qu’on attendait du système.


Ce prototype nous a permis de valider que l’ensemble pouvait fonctionner de manière autonome, sans ajustement majeur ni correction de dernière minute. Le fait que tout fonctionne immédiatement a renforcé notre confiance dans le schéma choisi et dans la logique du projet. On a pu observer le mouvement, la détection et l’activation du laser dans des conditions proches de celles de l’installation finale.





  1. Passer du breadboard au PCB

Une fois le montage validé sur breadboard, on est passés au PCB. C’était notre premier PCB, et l’idée était simple : reprendre exactement le schéma qui fonctionnait déjà et le rendre plus stable et reproductible. Chaque carte correspond à une entité autonome, avec ses connecteurs pour les servos, le laser, la photocellule et l’alimentation. On n’a pas cherché à optimiser ou complexifier le circuit, seulement à le traduire proprement. Quand on a reçu les cartes et soudé les composants, tout a fonctionné immédiatement. À ce moment-là, le projet a vraiment pris une forme durable : le système était prêt à être multiplié et intégré dans l’installation.




  1. Design des pièces et impression 3D

Une fois l’électronique stabilisée, on est passés au design des pièces mécaniques dans Fusion 360. L’objectif était surtout fonctionnel : tenir les servos, le laser et le PCB de manière précise, tout en permettant le mouvement et l’alignement du faisceau vers l’aquarium. On a conçu les supports comme un ensemble de pièces modulaires — colliers, bras, socles — faciles à imprimer et à ajuster. Le passage par l’impression 3D nous a permis d’itérer rapidement, de tester les proportions et de corriger l’ergonomie directement à partir des contraintes réelles du montage. À ce stade, la forme s’est construite en dialogue direct avec la mécanique et l’électronique, sans chercher un geste formel autonome.




  1. Assemblage et installation

Une fois l’ensemble des pièces imprimées, nous avons procédé à l’assemblage complet de chaque entité : fixation des servomoteurs, installation du laser, montage du PCB et gestion du câblage. Chaque module a ensuite été testé individuellement pour valider le mouvement, l’activation du laser et la détection lumineuse. Les quatre entités ont été disposées autour de l’aquarium, orientées vers l’eau saline afin de rendre les faisceaux visibles. L’installation finale repose sur un système autonome : une fois alimentée, elle fonctionne en continu sans intervention extérieure.



Poursuivre vers le projet complet

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